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La santé et la banque sur le modèle des Amap

TENDANCE

Pourquoi les circuits courts seraient-ils cantonnés à la bouffe ? Popularisée par le système des Amap (les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), cette approche économique et sociale gagne d’autres domaines. C’est ce qu’a démontré la dernière rencontre du Labo de l’économie sociale et solidaire, lundi dernier. Pour les têtes pensantes du Labo, quatre critères distinguent les circuits courts : la création de lien social, l’équité dans les échanges financiers, une approche participative et une logique pédagogique. Vu comme ça, les projets fleurissent un peu partout.

A Saint-Denis, l’Association communautaire santé bien-être accueille dans son centre médical des habitants perçus comme « acteurs de leur propre santé ». Ils choisissent eux-mêmes l’aménagement du bâtiment, participent aux activités de prévention ainsi qu’à des rencontres.

Dans les énergies renouvelables, la société coopérative d’intérêt collectif Enercoop achète depuis 2005 de l’électricité directement auprès de producteurs indépendants, puis la revend aux entreprises et particuliers. Là encore, réduire les intermédiaires est un objectif. « Si l’électricité est pour l’instant redistribuée sur l’ensemble de la France, Enercoop souhaite mieux s’ancrer dans les régions au cours des prochaines années », explique Julien Mary, juriste de la structure.

Du côté des banques, la Nef assure fonctionner en circuits courts depuis 1988. Cette société financière coopérative collecte l’épargne de ses clients sur des comptes de dépôts à terme et accorde ensuite des prêts aux plus méritants. Elle sélectionne ceux qui développent des activités professionnelles à des fins sociales et fait parvenir la liste des sélectionnés aux épargnants. Un air de famille avec les récents projets de crowdfunding qui fleurissent sur le Web.

Si ces démarches traversent tous les domaines économiques, passer d’une échelle micro à une échelle macro ne sera pas aisé. Pour l’économiste Jean-Louis Laville, les raisons de cette résistance sont multiples : « L’histoire de l’économie sociale et solidaire, soit son institutionnalisation a posteriori, a forcé la séparation entre différentes structures aux objectifs pourtant similaires. Et les politiques publiques ne prévoient pas encore de valoriser ou de stabiliser la mise en œuvre des circuits courts sur plusieurs années. »

Plus radicale, l’ex-ministre de l’Environnement Corinne Lepage affirme que « le combat pour les circuits courts est aussi politique qu’économique » : « Ces méthodes et habitudes de consommation sont à l’opposé de celles que les acteurs dominants veulent faire vivre, affirme-t-elle. Il s’agit de reconquérir un pouvoir par un mouvement venu d’en bas. » Autant dire que la route est encore longue avant que les circuits ne deviennent une priorité politique. Léa LEJEUNE

La fronde des fourchettes vertes

Mangeurs et producteurs, écœurés par la nourriture sans saveur de la grande distribution, ont choisi de célébrer le produit de qualité.

Je mange donc je suis. Face à la crise de la lasagne de cheval et aux diktats de l’industrie agroalimentaire, qui accapare plus de 80% de la production agricole, une nouvelle génération brandit sa fourchette en guise de réaffirmation de soi. Certains retournent leur potager pour réanimer une semence oubliée, une poire qui a du goût ou un agrume incongru. D’autres se rebellent contre les supermarchés, ventres de tout et poubelles en puissance, où se gaspillent 30% de ce qui sort de terre. Et il y a ceux qui font. Du fromage, du pain, du vin, de la courge ou de l’agneau. Tous ensemble, adeptes de la « slow food », radicaux du bio, volontaires du circuit court, producteurs engagés, passeurs de terroir, militants antigaspi, aménageurs de territoires délaissés, ils transforment l’univers de la bouffe en divinisant le produit et en célébrant le fait maison. Tandis que le consommateur, lui, affirme ses choix politiques dans l’assiette.

Mine de rien, à travers cette réappropriation des règles du jeu de notre alimentation, se joue une aventure sociétale. En privilégiant la saisonnalité des légumes et des fruits, la proximité des producteurs et en bannissant la chimie lourde dans son panier, le mangeur-cuisiner-citoyen ne fait pas seulement la nique à la malbouffe. Il tend aussi la main à un autre modèle agricole, comme le prouve le succès grandissant des paysans-boulangers (ils seraient plus d’un millier en France) qui transforment eux-mêmes leurs céréales. Un microbrasseur, un fromager, un éleveur de porcs-charcutier ancré dans un village ou un hameau, c’est aussi la vie qui s’accroche en zone rurale, avec parfois à la clé des créations d’emplois (lire page 4), le maintien d’une école. Certes, ce n’est pas encore le grand soir dans nos casseroles et dans nos campagnes, mais les produits issus des circuits courts commencent à inspirer les politiques publiques. Ainsi, depuis 2009, le conseil général du Gers incite les collèges du département à mettre au menu de leur cantine des denrées bio, de saison, produites localement. Le succès des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) incite aussi des élus à remettre en culture des terrains en friche, à démarrer des projets de jardins collectifs et à installer des agriculteurs.

Standardisé. Certains esprits chagrins objecteront que ces mouvements représentent l’épaisseur du trait sur un plan statistique, mais ils essaiment doucement et sûrement, (sur)protègent la biodiversité de la terre et des hommes, des produits et des saveurs. Ils sont là et on ne peut plus les arrêter. On ne contre pas une fronde de fourchettes vertes où les mangeurs modernes reprennent le pouvoir face à des barquettes au goût standardisé. Et ce n’est pas du folklore quand on regarde les chiffres et les profils des consommateurs-mangeurs d’aujourd’hui.

Presque un Français sur dix mange bio au quotidien et 43% le font régulièrement. A l’agence Bio, qui édite un baromètre depuis dix ans, Elisabeth Mercier estime que, « dans un contexte économique difficile, les Français se raccrochent à des valeurs fondamentales en matière d’achats. Ils sont 71% à déclarer privilégier les produits respectueux de l’environnement et/ou du développement durable lorsqu’ils effectuent leurs achats, contre 66% en 2011 ». A l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), on est moins enthousiaste : « Que ce soit dans ses usages ou ses achats, plus d’un Français sur deux ne s’engage pas, dit Catherine Esnouf, directrice scientifique à l’institut. Les aspects économiques des changements de comportement alimentaire sont capitaux. »

« Foodies ». Aujourd’hui, le produit est d’autant plus déterminant dans nos choix alimentaires qu’on n’est plus végétarien ou omnivore, mais « flexitarien » - un végétarien qui mange occasionnellement de la viande, adepte du sans gluten, bio addict… On joue à composer des assiettes individualisées pour affirmer qu’on est unique. « Le choix des aliments qu’on ingère devient déterminant, commente Claude Fischler, coordinateur d’un ouvrage publié chez Odile Jacob sur les alimentations particulières. On est dans l’aboutissement du processus d’individualisation de l’individu : ça se passe en amour, dans le travail, partout, et finalement dans l’assiette. »

Parmi ceux qui portent la cause de la charcuterie fermière ou du chèvre au lait cru, il y a les « foodies ». Jeunes, citadins, aisés, ils écument les néobistrots à la recherche de saveurs raffinées, de vins perlants et de desserts aériens. Ou alors ce sont des intellectuels qui célèbrent la bouffe comme un art. Tous sont amoureux du « produiiit » et de celui qui l’a élevé ou fait pousser. Ils éditent leurs magazines, cooptent leurs tables, échangent leurs adresses et ne jurent que par la naturalité. Ils inspirent des chefs qui, à leur tour, les inspirent.

Étalon. Dans Génération végétale (éditions les Arènes), ouvrage qui recense des initiatives gourmandes - mais pas que -, les locavores (qui achètent des produits de saison sur les marchés ou directement aux agriculteurs) célèbrent un monde où le kilo de CO2 serait leur étalon. Mais attention, le circuit court n’est pas forcément bénéfique sur ce plan-là : que ce soit à la ferme ou par livraison, la vente de proximité démultiplie les déplacements. Mais le circuit court, c’est surtout le rétablissement du lien social et humain : en pulvérisant les circuits de distribution traditionnels, il permet à plus de 50 000 familles d’être en contact avec un maraîcher. Soit 270 000 personnes qui privilégient une nouvelle relation avec le producteur, plébiscitent le terroir et se sentent concernés par la défense des terres agricoles, la problématique des semences, le labeur des paysans. Les 1 700 Amap répartis sur le territoire changent la vie et l’avis des gens. « Le petit panier de légumes va très très loin, analyse Sylvie Barrans, administratrice du Mouvement interrégional des Amap (Miramap). On vient chercher de bons légumes et on repart avec une conscience politique ! » Laure NOUALHAT et Jacky DURAND

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