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Par : patlabar
Publié : 29 janvier 2014

Les coulisses du commerce équitable

Voici un livre qui ne laissera sans doute personne indifférent tant la critique d’un certain type de commerce équitable y est féroce (notamment celui de Max Havelaar et l’exemple emblématique du café).Au-delà de la polémique que devrait susciter ce livre, ce dernier aura au moins le mérite de soulever un épineux problème : le commerce équitable est-il soluble dans le capitalisme ?

Le Mot de l’éditeur : Les coulisses du commerce équitable

Les ravages de la mondialisation conduisent les citoyens à rechercher des moyens de peser sur l’évolution de la société. Leur consommation en est un. À la fin des années 1990, le concept de commerce équitable conquiert le grand public avec un produit-phare, le café. Très vite, tout produit se prête à sa version "équitable", l’équitable devient tendance. C’est un petit business qui monte. Son concept repose sur un triple engagement, celui des producteurs et des consommateurs arbitré par de nouveaux intermédiaires, les "acteurs" de l’équitable : les consommateurs paient "un peu plus cher" un produit acheté à un prix supérieur aux cours mondiaux pour assurer un revenu décent aux petits producteurs du Sud. Les acteurs veillent au respect des normes sociales et environnementales. Qu’en est-il de la promesse que les uns et les autres se font ? Les organisations relais et entreprises qui font de l’équitable tiennent-elles leurs engagements ? Qui est vraiment gagnant ? Répondre à ces questions, c’est éclairer d’un jour cru un aspect que certains "commerçants de la bonne conscience" aimeraient tenir secret. Initié par le militantisme citoyen, largement instrumentalisé par les bureaux de marketing, le commerce équitable a été récupéré par les marchands d’illusion. En se donnant à la grande distribution et à quelques transnationales en quête d’honorabilité, les adeptes de la marchandisation de l’équitable ont ouvert la boîte de Pandore. Christian Jacquiau a mené l’enquête pendant deux ans. Il nous invite dans l’arrière-boutique d’un secteur méconnu et nous dévoile les dérives et abus commis au nom de l’équitable.

Christian Jacquiau est économiste, commissaire aux comptes, diplômé d’expertise comptable, spécialisé dans le conseil, l’accompagnement à la création et à la transmission d’entreprises. Il est l’auteur d’une enquête remarquée, Les Coulisses de la grande distribution (Albin Michel, 2000).

Extrait du livre : Extrait de l’introduction : Commerce éthique, commerce équitable : comment s’y retrouver ? Le Guide de l’achat responsable pour les acheteurs publics’ donne une définition précise des deux concepts. Le commerce éthique s’adresse aux acteurs des filières classiques de l’économie marchande : salarié(e)s, syndicats, entreprises de production, commerçants, etc. Son objectif est de faire progresser et respecter les droits sociaux fondamentaux, notamment de veiller à l’interdiction du travail forcé, du travail des enfants et au respect du droit syndical. En ce sens, les campagnes qui dénoncèrent dans les années 1990 la confection de chaussures de sport, de ballons de football et autres articles par de très jeunes mains ouvrières relevaient d’une démarche en faveur du commerce éthique. Le commerce équitable se donne pour but, en plus de garantir le respect des droits humains, d’apporter un revenu suffisant à chaque travailleur, qui lui permette de prendre en charge ses besoins fondamentaux et de préserver son environnement naturel, social, culturel et économique. Il traduit une idée simple et généreuse : établir entre les hommes des relations fondées sur d’autres valeurs que celles promues par le tout-libéralisme planétaire. Le commerce équitable repose sur un triple engagement, des producteurs et des consommateurs, arbitré par de nouveaux intermédiaires, les « acteurs » du commerce équitable. D’un côté, les consommateurs acceptent de payer « un peu plus cher » pour qu’un produit soit équitable. En acquittant ce supplément, ils contribuent à améliorer les conditions sociales et écologiques dans la région de production. Les producteurs s’engagent, eux, à organiser leur fonctionnement collectif, souvent sous la forme d’une coopérative, de manière démocratique ; ils prennent soin de respecter les prescriptions environnementales et sociales qu’édictent pour eux les acteurs venus des pays du Nord. Quant à ceux-ci, ils s’engagent à acheter - ou à faire acheter - une production à un prix qu’ils définissent comme « juste », tenant compte des coûts réels de production, de la rémunération des producteurs et de leurs salariés. De plus, « les acteurs assurent [aux producteurs] des relations de longue durée en participant directement à la mise en place de projets de production et de développement local », explique la chercheuse Elisabetta Bucolo.